• Dimanche 28 Janvier 2007

    LE BILLET DE LA SEMAINE 

                     Michel Boyon, le nouvel homme fort du CSA.          

          

     (28/01)

    N°35


     La phrase de la semaine

    Au début, je recevais du courrier exclusivement masculin, qui n'avait pas toujours trait au foot d'ailleurs.   "

    (Estelle Denis, présentatrice de 100% Foot (M6), Télé 2 Semaines, 20 janvier 2007)


     

    Dans l'actu 

    Revue de détail des principales annonces médias de la semaine.

     - Nicolas Hulot l'a annoncé, il ne sera pas candidat à la présidentielle. Très bien, me direz-vous, mais quel rapport avec le monde des médias ? J'y viens, j'y viens. Figurez-vous qu'il y aurait comme un froid entre le défenseur de la planète et sa maison-mère, TF1. Selon Le Nouvel Obs, " depuis le mois de décembre, l'animateur s'est mis en disponibilité de la chaîne. Il ne touche plus son salaire et les diffusions de « Ushuaïa nature » ont été suspendues. La direction de TF1 n'a pas apprécié la transformation de son aventurier fétiche en personnage du débat public. Et les rapports entre Hulot et le PDG, Patrick Le Lay, se sont notoirement refroidis." A tel point que son retour sur la première chaîne européenne n'est pas confirmé.

     

     - De nouvelles têtes au CSA. Comme le pressentait la rumeur, Michel Boyon succède à Dominique Baudis. Voici l'intégralité du communiqué :

    " Conformément aux dispositions de la loi du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de communication, ont été nommés membres du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel à compter du 24 janvier 2007.

    1. Par le Président de la République : . Monsieur Michel BOYON, en remplacement de Monsieur Dominique BAUDIS

    2. Par le Président du Sénat : . Monsieur Alain MEAR, en remplacement de Monsieur Philippe LEVRIER

    3. Par le Président de l'Assemblée Nationale : . Monsieur Rachid ARHAB, en remplacement de Monsieur Francis BECK "

    Le PS a aussitôt critiqué ces nominations, notamment parce que désormais, le CSA est majoritairement à droite. Et la nomination à la dernière minute de Rachid Arhabne fait pas illusion. «Aucune personnalité de renom n'a voulu y aller, car le CSA semble condamné à court terme», explique un des contactés de dernière minute, car il pourrait fusionner avec l'Arcep, l'autorité des télécoms.

     

     - La taxe qui dérange. Certains députés UMP et PS souhaitent imposer une nouvelle taxe sur les abonnements au « triple play » Internet. Cette « super-TVA » va accroître les prélèvements des consommateurs à destination du CNC, qui fournit des aides financières au cinéma français. L'idée est de contraindre les abonnés Internet à payer un nouvel impôt indirect dans le but d'augmenter le financement public au cinéma français, alors même que cette politique de dépendance à l'égard de l'argent public a échoué. La France est derrière l'Allemagne, le Royaume-Uni mais également l'Italie et l'Espagne en nombre de fictions produites par an, ainsi qu'en investissement dans la fiction rapporté au PIB par tête. Le Parlement envisage d'imposer cette nouvelle taxe au lieu d'inciter à trouver des formes de financement plus saines liées à la vidéo à la demande. (source : Le Figaro)

     

     - Gerald Dahan connaît maintenant la technique pour faire parler de lui. Comment ? En piégeant une personne connue, à l'aide d'imitations hasardeuses, et de canulars bateaux. Mercredi dernier, c'est Segolène Royal qui en a fait les frais. La candidate socialiste aux présidentielles a cru être en ligne avec le premier ministre québecois, et s'est laissée aller à quelques confidences, notamment sur l'indépendance de la Corse, que souhaiteraient certains français. Et jeudi, l'"imitateur" était aux anges, interrogé de toute part. Reste une question : quel est l'intérêt d'une telle supercherie, si ce n'est de créer des remous politiques ?

     

     - L'affaire Villemin fait encore parler d'elle. Marie-Ange Laroche et Murielle Bole ont en effet décidé de porter plainte contre France 3 et Patrick de Carolis, le président du conseil d’administration de la chaîne. Selon l'avocat de Marie-Ange Laroche, Bernard Welzer, la fiction entendait démontrer la culpabilité de Bernard Laroche aidé par Murielle Bolle. Accompagné de Jean-Paul Teissonière, le défenseur de Murielle Bolle, et Jean-Yves Dupeux, avocat spécialiste du droit de la diffamation, Bernard Welzer demande 300.000 euros à la chaîne pour Marie-Ange Laroche et Murielle Bolle et 100.000 euros pour chacun des deux enfants de Marie-Ange Laroche. Rappelons que le 9 janvier, la cour d’appel de Dijon, faute de charge nouvelle, avait rejeté la demande de réouverture de l’information judiciaire sur l’assassinat de Grégory Villemin déposée par les avocats de Muriel Bolle. Les faits criminels concernant l’assassinat de Grégory Villemin seront prescrits en avril 2011. (source : Libération)


     Le gag de la semaine


    Le tour du PAF en audiences

    (sources : Satellifax, I mediasbiz, MSN, Le zapping du PAF)

    * DIMANCHE 21,

     Telefoot-> 3 475 720 (39%) meilleure audience de la saison

         Dimanche + -> 1 300 000 (8,3%)

     66 minutes -> 2 700 000 (17,1%)

     Sept à huit-> 6 783 260 (32%) meilleur score depuis janvier 2006

     Six minutes-> 4 100 000 dont 42,3% des ménagères de moins de cinquante ans

     

    En prime time,

     La Recrue-> 9 689 000 (38,4%)

     Embrassez qui vous voudrez-> 4 989 349 (19%)

     Capital-> 4 652 980 (17,8%)

     La Fonte des Neiges-> 3 083 300 (11,9%)

    Voyage à Deux-> 560 600 (2,1%)

     

    En seconde partie de soirée,

     New York, section criminelle-> 5 101 460 (36,7%)

     Enquête exclusive->  2 354 520 (20,4%)

     Faîtes entrer l'accusé-> 2 354 000 (21,5%)


    * LUNDI 22,

     Les Guignols -> 3 476 000 (13,9%) meilleur score depuis 1999

     

    En prime time,

     Diane, femme flic -> 7 680 220 (30,3%)

     Hiver 54 -> 4 540 860 (17,9%)

     Questions pour un champion -> 4 260 560 (17,2%)

     Ca reste entre nous -> 3 924 200 (15%)

    ReGenesis-> 840 900 (3,2%)

    En deuxième partie de soirée,

     Confessions intimes -> 3 475 720 (37,3%)

     Mots Croisés-> 1 457 560 (19%)

     Joyeuses Pâques-> 2 018 160 (14,7%)


    * MARDI 23,

    En prime time,

     Les Experts : Manhattan->  10 146 860 (37,3%) énorme !

     L'Enfant du Secret -> 6 951 440 (26,3%)

     Boomtown-> 1 513 620 (5,6%) bide...

     Dix Pièges à Eviter -> 4 036 320 (14,9%)

    Le Procès de Saddam -> 672 720 (2,5%)

     

    En deuxième partie de soirée,

     Vis ma vie ->  2 859 060 (34,5%)

     L'Abbé Pierre -> 1 737 860 (14,1%)

     T'empêches tout le monde de dormir-> 1 500 000 (22%)


    * MERCREDI 24,

    En prime time,

     La Fille du Chef-> 8 465 060 (33,4%)

     Louis Page -> 3 083 300 (12,1%)

     Vie Privée, Vie Publique -> 3 980 260 (16,6%)

     L'inventeur de l'année-> 4 596 920 (17,7%)

    La Resistance Juive -> 1 121 200 (4,2%)

     

    En deuxième partie de soirée,

     Preuve à l'appui->  4 204 500 (29,4%)

     L'Arêne de France-> 1 681 800 (17,9%)

     The Unit-> 2 242 400 (12,9%)


    * JEUDI 25,

    En prime time,

     RIS (saison 2) -> 7 568 100 (29,3%)

     A Vous de Juger -> 5 774 180 (24,2%)

     Patinage Artistique-> 3 475 720 (%)

     NCIS-> 3 587 840 (13,8%)

    Short Cuts -> 784 840 (3,2%)

     

    En seconde partie de soirée,

     La méthode Cauet-> 3 027 240 (35,8%)

     Stars des cités -> 1 009 080 (12,8%)


    * VENDREDI 26,

    En prime time,

     Les Enfants de la télé ->  6 054 480 (27,6%)

     Patinage Artistique ->  4 372 680 (18,5%)

     Thalassa-> 3 251 480 (13,9%)

    ? -> 840 900 (3,4%)

     Bones -> 5 942 360 (23,7%)


    * SAMEDI 27,

     50 mn Inside->  3 812 080 (22,1%) plus mauvais score depuis le début

     On a tout essayé...->  2 800 000 (16,2%)

     

    En prime time,

     Qui veut gagner des millions ?-> 7 680 220 (37%)

     La fête de la Chanson Française->  3 643 900 (22,5%)

     La Belle et le Sauvage-> 3 475 720 (16%)

     Les 4400-> 2 634 820 (11,8%)


     La série

     

                                                        (n°10)

    Quand la plus mythique des stars françaises, Isabelle Adjani, plaque Jean-Michel Jarre en public dans Paris Match, en juin 2004, elle commet une énorme erreur. Elle a fait ce qu'il ne faut jamais faire avec la presse people : multiplier les interviews. [...] Plusieurs mois plus tard, ils apprennent que l'actrice sort avec un chirurgien, Stephane Delajoux. Par pure coïncidence, il s'agit du médecin qui s'était rendu au chevet de Marie Trintignant pour tenter de la sauver en juillet 2003. Ravis de ce casting de choix, les paparazzis suivent le couple dans les rues de Paris, sur la plage... Lorsque les journaux découvrent en 2005 que le médecin est jugé, Isabelle Adjani commet une nouvelle faute. Pour la seconde fois en trois ans, elle contacte en personne les rédactions pour leur demander de ne rien publier sur son fiancé. Voici n'en tiendra pas compte. Non seulement l'article sur les soucis judiciaires du médecin paraîtra mais le journal raconte aussi comme la star a fait le tour des rédactions.

    Un célèbre chanteur, marié, est à l'inverse tellement paranoïaque qu'il fait très attention avec ses maîtresses. Il rencontre ses conquêtes chez elles. Il exige que la lumière soit éteinte et demande à l'interessée de tirer les rideaux et de fermer les volets avant de rallumer la lumière. S'il est à l'hôtel, il va jusqu'à refaire le ménage sous les yeux ébahis de sa maîtresse du moment, et, emporter le contenu de la poubelle de sa chambre afin de ne laisser aucune trace de son passage.

     

    Les Dessous de la presse people


    Lu dans la presse

    Il faut dire que le calendrier de ces nominations tombe particulièrement mal, en pleine campagne présidentielle, dont le CSA contrôle le traitement à la télé et à la radio. Jamais on aura vu nomination au CSA patauger autant dans la semoule. Et pourtant, en 2001, l'arrivée de Dominique Baudis avait déclenché un bel hourvari : comment ? Un politique nommé à la tête de la gendarmerie du PAF ? Scandale ! Et ce alors que, en 2001, le CSA comptait encore deux Sages sur neuf nommés par la gauche. Six ans plus tard, on devait avoir la totale : un CSA 100 % droite. La faute au mode de nomination calqué sur celui du Conseil constitutionnel : tous les deux ans, présidents de la République, du Sénat et de l'Assemblée nationale renouvellent trois des neufs conseillers (nommés pour six ans). Un système supposé assurer un équilibre politique : sauf que, depuis 2002 déjà, la droite squatte Elysée, Sénat et Assemblée !

    Sentant venir la fronde depuis quelque temps, l'Elysée tente de trouver une alternative au «grand chelem». Impossible de toucher à Boyon : Chirac a promis à Raffarin au moment de son départ de Matignon, en mai 2005, que son directeur de cabinet hériterait du CSA. La volonté d'ouverture doit s'exprimer sur les nominations de Poncelet ou Debré. Première trouvaille : les minorités visibles.

    (...) Finalement, Laure Adler, ancienne proche de Mitterrand, est approchée, même si Debré traîne les pieds. Adler accepte, mais uniquement pour devenir présidente ! Impossible, à cause de la promesse de Chirac. Mardi soir, en catastrophe, alors que le mandat de Dominique Baudis expire à minuit, Chirac et Debré sortent Rachid Arhab du chapeau. Idéal pour éviter le scandale. Fin de l'opération pieds nickelés en attendant la prochaine ? Non, car les programmes présidentiels du PS, de l'UDF mais aussi de l'UMP prévoient tous de mettre fin à l'actuel mode de désignation au CSA. Le PS préconise ainsi que les Sages soient nommés à la majorité des deux tiers par les députés et les sénateurs. Encore faut-il que le CSA survive à la fusion, annoncée pour cause de convergence, avec l'Arcep.

    (" CSA : huit sages à droite et un gage à la gauche",Libération, jeudi 25 janvier)

     

     

     

    Si, devant notre poste, nous sommes furieux, les annonceurs, eux, se frottent les mains, sûrs de capter notre attention, nous qui attendons fébrilement la suite du reportage. Certains aussi de rentabiliser trente secondes d'espace publicitaire pour lesquelles elles peuvent débourser des sommes astronomiques. (...) De quoi inciter les programmateurs des six grandes chaînes nationales à soigner le petit millier de clients qui a déboursé cinq milliards d'euros en 2006 !

    (...) Les chaînes ne fixent pas les tarifs de leurs espaces publicitaires en fonction de l'audience des programmes, mais d'après celle de l'écran de publicité, courbes de Médiamétrie minute par minute à l'appui. Celles-ci montrent qu'une coupure placée au milieu d'un film de cinéma à suspense ou d'une émission de divertissement ne fait perdre que 15 à 20% des téléspectateurs... mais près de 45% pendant la mi-temps d'un match de foot !

    C'est pourquoi les chaînes, avec leurs 12 minutes de pub autorisées par tranche de 60 minutes pour TF1 et M6 - 8 minutes pour les chaînes publiques -, usent de codes et d'astuces finement étudiés. L'une d'elle consiste à augmenter le son de 1 ou 2 décibels au début de la coupure. (...) Et le premier annonceur paiera toujours plus cher que les autres, parfois même le double.

    (...) Un conseil aux annonceurs voulant investir sans risque : se rabattre sur l'écran publicitaire qui précède Questions pour un champion, sur France 3. En effet, le très assidu public de Julien Lepers allume son poste quelques minutes avant le début du jeu pour n'en rien rater. Et la fidélité, la pub aime ça.

    (" La suite après la pub ",Télé 2 Semaines, lundi 20 janvier)

     

     

     

    Le piège tendu par Gérald Dahan à Ségolène Royal reste en travers de la gorge de Patrick Menucci. "On sent bien que tout ça c'est un montage de l'UMP. Monsieur Dahan manifestement est affilié à l'UMP. Il a animé plusieurs meetings de cette organisation", accuse le directeur adjoint de la campagne de Ségolène Royal, samedi en marge de la visite de la candidate PS en Martinique.

    Gérald Dahan s'est en effet produit dans plusieurs réunions internes de l'UMP, notamment en décembre lors de l'accueil de nouveaux adhérents. Mais selon son entourage, il nie toutefois être un militant UMP. Mercredi, il s'était fait passer au téléphone pour le premier ministre du Québec. Dans une conversation d'une dizaine de minutes, Ségolène Royal avait évoqué en plaisantant l'indépendance de la Corse.

    Patrick Menucci souhaite que cette campagne électorale ne devienne pas "une campagne que de boules puantes qui sont d'ailleurs toujours jetées dans le même sens. Quand elle sera présidente de la République, elle ne sera pas face à Dahan mais face aux Français et à leurs problèmes". Ségolène Royal, de son côté, s'est refusée à tout commentaire, jugeant l'histoire "secondaire et dérisoire".

    ("Dahan accusé d'être à la solde de l'UMP ",Le Figaro, samedi 26 janvier)

     

     

    Le 20e Festival international de programmes audiovisuels (FIPA) s'est ouvert mardi 23 janvier à Biarritz. (...) Nouvelle présidente du FIPA, la réalisatrice Caroline Huppert revendique les programmations audacieuses et internationales de cette manifestation qui présente, jusqu'au 28 janvier, 108 téléfilms et documentaires, venus de 31 pays.

    Vous critiquez le fait que la plupart des films présentés chaque année au FIPA ne trouvent pas de chaînes pour les acheter et les diffuser. Pourquoi ?

    Il est très difficile de convaincre les chaînes d'acheter des films étrangers, à l'exception parfois d'Arte ou de Canal+. (...) Les chaînes sont obsédées par l'idée de faire de l'audience, elles courent après la publicité et ne veulent pas prendre de risque en matière de programmation. Cette attitude n'engendre pas l'audace.

    Est-ce propre à la France ?

    Un peu partout dans le monde, les télévisions se referment sur elles-mêmes. Seule la culture marchande américaine échappe à ce phénomène. A l'heure où l'on parle de construire l'Europe, qui est capable de citer un seul film roumain ou polonais ? (...) Peu de films étrangers sont projetés en version originale. C'est grave, car écouter d'autres langues, entendre d'autres sonorités, c'est une ouverture au monde, une attention à l'autre.

    En Allemagne, au contraire, les coproductions avec les pays de l'Europe de l'Est se développent, et les acteurs des films allemands peuvent être bulgares, tchèques ou roumains. En permettant de découvrir des films venus d'un grand nombre de pays, le FIPA tente d'encourager la prise de risque.

    Le public est-il prêt à suivre une telle ouverture ?

    Si les télévisions présentaient régulièrement des films étrangers, le public aurait de bonnes surprises. Au lieu de ça, on voit les sempiternelles séries américaines : c'est presque une mono-programmation. Le public s'habitue à ce qu'on lui donne, plus il voit des séries et plus il demande à en voir. Pourtant, il peut s'intéresser à ce qui se passe ailleurs dans le monde. L'émission "Envoyé spécial" marche très bien, alors qu'elle parle de pays lointains, avec des reportages de qualité.

    (" Partout dans le monde, les télévisions se referment sur elles-mêmes ",Le Monde, jeudi 24 janvier)

     

     

     

    L'abbé Pierre vient défendre la loi SRU à l'Assemblée nationale

    L'abbé Pierre, roi des médias, un mégalo ? Faux, il a seulement inventé le tapage médiatique. Pour la cause.

    La radio est un service public. On ne lance pas comme ça des appels privés, il faut des tas de formalités. Ce n'est pas possible, je suis désolé!» Ce 1er février 1954, le responsable de la Radiodiffusion française qui fait la leçon au curé des chiffonniers ne sait pas encore qu'il vient de passer à côté du plus gros coup radiophonique des cinquante prochaines années. Quelques heures plus tard, devant le siège de Radio-Luxembourg, une autre station de radio, privée celle-là, au 22, rue Bayard, près des Champs-Elysées, s'arrête la 4 CV de l'abbé et de ses compagnons. Le prêtre porte la soutane, une barbe noire, des godillots boueux. Et le texte qu'il lit d'une voix fiévreuse - « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir... » - restera dans l'histoire.
    Cinquante ans avant les enfants de Don Quichotte, Henry Grouès, dit l'abbé Pierre, a compris que les médias sont en train de devenir un des leviers privilégiés de l'action humanitaire.

    (...) Autant le prêtre est sévère pour ses paroissiens - «Vous avez fait de la maison de Dieu un temple où les déshérités ne sont pas chez eux. Dieu vomit vos messes et vos vertus», autant il soigne désormais ses apparitions publiques. Meeting au Gaumont-Palace, gala à la Gaîté lyrique... Coluche et ses enfoirés ne feront pas mieux.

    (...) Deux ans plus tôt, on lui propose de participer au jeu radiophonique « Quitte ou double » : « J'ai abandonné la carrière politique par refus d'y jouer les guignols, rétorque-t-il. Ce n'est pas pour accepter de le faire pour vendre du shampooing. » Mais, très vite, il se ravise et participe au jeu. Il repart avec un quart de millions de francs, et en profite pour administrer un des sermons dont il a le secret : «Maintenant, qu'est-ce que vous foutez ? Ce ne sont pas les 250 000 centimes ou je ne sais combien que j'emporte ce soir qui vont résoudre le problème, n'est-ce pas ?»

    (...) Lorsque dans les années 1970 les chiffonniers semblent passés de mode, c'est Coluche qui lui donne un coup de pouce. (...) Trois mois plus tard, lorsque l'humoriste se tue à moto, l'abbé Pierre célèbre l'enterrement. (...) Recru d'honneur, le vieil homme renonce très vite à sa retraite monacale de l'abbaye de Saint-Wandrille, au nord de Rouen, et retrouve le chemin des plateaux. Il confie à Bernard Kouchner : «La pire vacherie que l'on peut faire à un copain qu'on n'aime pas, c'est de lui souhaiter de devenir célèbre.»

    (" La pire vacherie, devenir célèbre ",Le Nouvel Obs, jeudi 24 janvier)

     

     

     

    Son sacre, le 14 janvier porte de Versailles, son score, son émotion, son discours. Pendant cinq jours, Nicolas Sarkozy a régné sans partage sur les médias. Le jour J, « le Journal du dimanche » titrait même : «Tout commence aujourd'hui». Sans autre explication. Si ce n'est pas la gloire, cela y ressemble. (...) Et ces accréditations de journalistes, délivrées jusqu'au matin même : plus de 800, dont la moitié d'étrangers. Même ceux qui ne sont pas directement en charge d'une rubrique poli-tique ont voulu assister à l'événement. Et, de l'autre côté du poste, le spectacle, soigneusement réalisé par les caméras de l'UMP, avec ses plans sur la larme de Micheline Chaban-Delmas ou le profil d'Edouard Balladur, a été repris sans sourciller par toutes les chaînes...

    Sarko président ? Pas encore. Mais Sarko empereur du microcosme médiatique, c'est déjà fait. Pourtant l'intéressé ne cesse de râler contre le mauvais traitement qui lui est infligé. (...) France 2, avec un « Sarkothon » (« A vous de juger », pour le vrai titre) de près de trois heures, remporte le pompon. Programmé juste avant que les règles du CSA empêchent de donner autant de temps à un seul !

    (...) En sous-estimant le phénomène Ségolène, de nombreux médias ont aussi - en creux - favorisé son concurrent. Le directeur de la rédaction de « la Tribune » a ainsi fait caviardé un sondage qui avait le tort de placer la candidate socialiste en tête pour «résoudre les problèmes économiques et sociaux de la France».

    Tous les journalistes ne tombent pas sous le charme - et le « problème Sarko » est une question sensible dans pas mal de rédactions : journée de grève à « Paris Match », motion de censure à « la Tribune », tracts syndicaux dans les chaînes publiques. Seulement, Sarkozy a organisé son omniprésence, il sature l'espace médiatique. Quand ce n'est pas le ministre de l'Intérieur qui fait l'actualité, c'est le président de l'UMP ou le candidat à la présidentielle. Le jour où un supporter du PSG est mort, la première réaction, à TF1, a été : «Encore du Sarko! On ne passe pas d'extrait !» Finalement, son propos était carré et percutant, l'extrait a été diffusé.

    (...) En retour, Sarkozy n'a pas affaire à des ingrats. «Quoi qu'il fasse, on envoie qui il faut», dit un journaliste d'Europe 1. «On surcouvre sous de faux prétextes, répond en écho France 2, on envoie des caméras sans discernement, dans l'espoir d'une petite phrase, d'un dérapage.» Lors de la présentation d'un rapport sur la police, en sa présence, deux services avaient chacun envoyé une équipe... alors que ce type d'info est inexploitable à la télé.

    (...) Il y a plus violent. Lui et les siens savent faire planer une forme d'intimidation, voire de menace. En riant... bien sûr. Recevant la rédaction du « Parisien », le premier flic de France interpelle ainsi l'auteur d'articles sur ses déboires conjugaux : «Moi aussi, je sais des choses sur votre vie privée...» Il insiste : «Moi aussi, je pourrais en dire, des trucs...» Et il y a l'autre version, glaciale celle-là, expérimentée par notre confrère de « l'Obs », Hervé Algalarrondo, sur qui Sarkozy a par deux fois pointé publiquement un index vengeur : «Je ne l'oublierai pas! Je ne l'oublierai pas!» Quoi donc ? Le numéro titré « Sarko secret », qui lui avait déplu.

    (...) Le 1er mars dernier, il vient au « Grand Journal ». Canal+ le voit débarquer «blême et fou de rage», selon un témoin, harponner Rodolphe Belmer, directeur général, etlui asséner un «coup de boule psychologique». Tout, à Canal+, l'énerve : « les Guignols », « 7 Jours au Groland », « la Matinale », Ardisson... Ce jour-là, c'est une micro-phrase de Michel Denisot dans « le Parisien » qui l'a ulcéré. L'animateur prend ses distances avec son invité : «J'avais fait un livre avec lui [...]. Il n'est plus vraiment le même, et je n'ai pas gardé de relation.» Il faut préciser que Sarkozy avait instrumentalisé sa venue au « Grand Journal ». Il avait « dealé », sans y associer Canal+, une couverture de « TV Magazine » (5 millions d'exemplaires !) en imposant sa mise en scène. La chaîne avait résisté puis, face au chantage, plié. Avec cette impression diffuse que s'il se retrouve à l'Elysée tout cela pourrait se payer.

    (...) «TF1 ne sera pas sarkozyste comme elle a été balladurienne en 1995, confie l'un de ses membres, cela nous a trop poursuivis.» Autrement dit, ne faisons pas trop de zèle, c'est ainsi qu'on servira le mieux les intérêts du groupe, mais aussi ceux de Sarkozy.

    (...) Au sommet des principaux médias, il compte nombre d'amis intimes dans le club des propriétaires : Martin Bouygues (TF1, LCI), Bernard Arnault (« la Tribune »), Arnaud Lagardère (Europe 1, « Paris Match », « le Journal du dimanche », plusieurs quotidiens régionaux)... Quand on dit «ami intime», ce ne sont pas que des mots. En 2004, Sarkozy dénoue les problèmes d'héritage d'Arnaud Lagardère, et ce dernier désigne publiquement son bienfaiteur comme «un frère». Il l'a prouvé en licenciant Alain Genestar : le directeur de la rédaction de « Paris Match » avait publié en une la photo de Cécilia Sarkozy avec son amant, sans prévenir son patron.

    (...) Au sommet des rédactions, aussi, Sarkozy a son réseau : les vacances au Pyla sont des occasions de fréquenter en privé Jean-Claude Dassier (LCI), dont le fils est d'ailleurs le conseiller internet de l'UMP. Ou encore le voisin d'Arcachon, Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du « Figaro ». Jean-Marie Colombani (« le Monde ») est aussi un ami, si l'on en croit son ancien adjoint Edwy Plenel

    (...) Toutes ces « relations » n'obligent mécaniquement pas les rédactions à faire du pro-Sarko, mais disons qu'elles ne leur facilitent pas leur travail, surtout quand Sarkozy lance à un journaliste : «Tiens, j'ai dîné avec ton patron, hier.».

    (...) La toile tissée par le président de l'UMP, du haut jusqu'au bas de la hiérarchie - et c'est inédit à ce degré -, l'amène à ignorer délibérément la séparation des pouvoirs. (...) Il est intervenu pour sauver (en vain) « le Vrai Journal » de Karl Zéro sur Canal+. (...) Mais pourquoi se gênerait-il ? Il s'est même trouvé un Jean-Pierre Elkabbach, patron d'Europe 1, pour le consulter sur le recrutement d'un journaliste politique. Décidément, la règle d'airain édictée voici bien longtemps par Hubert Beuve-Méry garde toute son actualité : «Un journaliste doit être proche de ses sources et distant à la fois.»

    (" Comment Sarko met la presse sous pression ",Le Nouvel Obs, jeudi 24 janvier)


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