• Pouvoir et télévision- partie 1

     Pouvoir et télévision

    Partie 1 : "L'information aux ordres"


    Le premier journal télévisé a été diffusé en 1949 et présenté par Pierre Sabbagh. A cette époque, seuls 297 foyers possédaient un poste de télévision. Les responsables du journal connaissaient donc presque tous par leur nom les téléspectateurs (environ 1200), qui les appelaient pour se plaindre de tel ou tel reportage.

    A l'époque, l'argent et les moyens techniques manquaient mais pas les idées. Ainsi, Pierre Sabbagh eut l'idée de filmer Paris vu du ciel, depuis une mongolfière. L'expèrience tourna court puisque la mongolfière s'eécrasa au sol durant le tournage. Nous étions le 29 juin 1949, et ce fut le premier fait divers de l'histoire de la télévision.

    Les journaux télévisés étaient pour la plupart composés de reportages tournés pour le cinéma ou achetés à l'étranger. Certains journalistes étaient obligés quelquefois de commenter des reportages sans savoir la moindre idée de ce dont il s'agissait.

    Le journal était loin d'être la grand messe d'aujourd'hui et comme on y parlait peu de politique, le gouvernement restait indifférent. Mais la donne change, en décembre 1953 avec l'élection de René Coty par les députés et les sénateurs. C'est la première fois que la télévision retransmet les débats portant sur la designation du président de la République en direct (qui ont necessité 13 tours). Avec cet évènement, la télévision est enfin prise au sèrieux.

    En 1956 éclate le conflit algérien. Guy Mollet, le chef du gouvernement, impose la censure de guerre pour tous les médias, et la télévision n'est pas épargnée. Mollet reçoit même Pierre Sabbagh à l'Elysée pour une série d'entretiens. Tout est mis en scène : des questions posées à la fin de l'interview. A l'issue de celle-ci, le premier ministre fait mine de recevoir un coup de téléphone, ce qui signifie qu'il n'est plus question de continuer. Le seul problème est que l'on entend clairement à l'antenne la tonalité du téléphone : il n'y a personne à l'autre bout du fil.

     

    1958 - 988 000 téléviseurs disponibles

    L'une des premières vraies stars du petit écran n'est autre que le général De Gaulle. Appelé à la rescousse par Guy Mollet, il a les pleins-pouvoirs pour résoudre le problème algérien et excelle lors des conférences de presse. Pourtant, le sauveur de la France n'est pas aussi à l'aise face caméra. De fait, son premier discours télévisé est une catastrophe. Affublé de grosses lunettes (qui ne sont pas sans rappeler celles du président Chirac), les yeux fixés sur sa feuille..., son message a du mal à passer. Pris de pitié, le directeur de Publicis lui vient en aide. Le changement est radical. Fini les lunettes, et désormais, le général apprend ses discours par coeur. La télévision devient son principal outil de communication, car il est convaincu que la presse écrite lui est hostile. Le journal télévisé est le porte-parole officiel de De Gaulle. Pas moins de quinze minutes lui sont consacrées en ouverture d'édition; le plus souvent pour des faits sans grande importance (inauguration, visite...).

    Le journal étant maintenant un domaine réservé du pouvoir, les magazines d'information sont moins surveillés. Cinq colonnes à la une saisit l'occasion, lors de sa création en 1959. Il est le seul magazine à diffuser de vraies images de la guerre d'Algérie, sans toutefois montrer une seule trace de violence. La liberté n'est pas totale. Le 17 octobre 1961, une fusillade éclate lors de la manifestation contre le couvre-feu. Une dizaine d'algériens sont tués sans qu'aucune image ne paraisse à la télévision. Ordre de Maurice Papon. Bilan officiel : deux morts. Joseph Pasteur, ancien présentateur de JT, assure n'avoir été au courant de rien. Il faudra une vingtaine d'années pour que le problème soit enfin abordé.

     

    En 1963, De Gaulle inaugure la toute nouvelle Maison de la Radio. Alain Peyreffite, ministre de l'information, va façonner une télévision gaullienne avec la mise en place du Service de Liaison Interministerielle de l'Information. Il pourra de la sorte continuer à contrôler ce qui peut être dit, car la guerre ne peut plus être invoquée pour la censure. Des hommes de confiance sont placés à la tête de l'ORTF, notamment Edouard Sablier, un fidèle du général. Pour lui justement, la création du SLI est une bonne chose puiqu'elle permettra à la télévision de recevoir directement l'information. Mais de l'information émanant du gouvernement n'est pas exempte de subjectivité...

     

    1965- 6 500 000 téléviseurs disponibles

    Cette année marque aussi le début de l'election du président de la République au suffrage universel. Les français découvrent d'autres personnalités politiques, Mitterrand et Lecanuet. Le général, sûr de sa victoire, ne prend pas la peine d'utiliser les deux heures qui lui sont dévolues et refuse de débattre avec les candidats.

    Michel Bongrand, conseiller politique, essuie un refus de la part de De Gaulle lorsqu'il lui propose ses services. Il se retourne donc vers Lecanuet, surnommé le "Kennedy français". Le public féminin est sous le charme, si bien que le candidat obtient 16% des suffrages au premier tour. Le ballotage du général sème la panique au sein de l'ORTF. Certains journalistes en pleurent même. Que deviendraient-ils sans cette figure illustre ? Dès lors, Charles De Gaulle se livre bon gré, mal gré au jeu de la télévision. Il accorde une série d'entretiens à Michel Droit, le PPDA de l'époque. Le journaliste se montre faussement insolent, car tout est prévu, les questions comme les réponses.

    Avec sa seconde victoire, le président de la République affirme sa préeminence sur le petit écran. Cependant, les conflits sociaux restent un sujet délicat, que les journaux peinent à montrer.

    Le 1er mai 1967, les chantiers navals de Saint-Nazaire se mettent en grève. Cinq colonnes à la une se démarque une nouvelle fois en interrogeant des grévistes. Avant sa diffusion, le reportage est montré à un responsable du SLI, qui s'exclame : "C'est du mauvais cinéma de 1936 !". Les rédacteurs en chef sont rappelés à l'ordre et la censure fait son oeuvre.

    Mais, les années passant, les revendications sociales augmentent, y compris à l'ORTF.

     

    1968- 9 250 000 téléviseurs disponibles

    L'année est très chaude pour le gouvernement. Des heurts éclatent entre étudiants et CRS. Les journaux se refusent à relayer l'information au tout début, pour ne pas inciter à la violence, ou diffusent des images sans son.

    Rien n'est dit sur les motivations des étudiants. Des depêches relatives au sujet sont transmises aux rédactions, assorties de la mention OUI ou NON, ce qui signifie qu'elles peuvent ou pas en parler à l'antenne.

    Le 13 mai, les journalistes de l'ORTF se mettent en grève. Trois jours plus tard, les choses bougent enfin. Léon Zitrone donne la parole à un leader du mouvement étudiant, qui n'est autre que Daniel Cohn-Bendit.

    En juin 68, la France retourne peu à peu au travail, mais l'ORTF joue les irréductibles. De Gaulle procède à des licenciements. Par voie de conséquence, le journal télévisé est aseptisé.

    Il n'en demeure pas moins que le mouvement de 1968 a ouvert une brêche dans le traitement de l'information. On constate désormais plus de liberté à la télévision. Ce changement aura des conséquences importantes pour les années à venir.

    (à suivre...)

     

    Prochain volet :" Le temps des alternances "

     

    TV MANIA 2006

    Ce dossier est adapté du documentaire diffusé sur FRANCE 5 en fevrier 2006 et porteur du même nom.

     

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