• ( Cet article est paru dans Newsweek de la semaine du 12 septembre 2005. Ceci n'en est qu'un extrait, traduit par TV MANIA)

    Katrina a plongé la Nouvelle-Orléans dans l'agonie. Histoire d'une tornade et de secours dramatiquement longs.



    Thomas était endormi sur le canapé de son bureau, quand quelqu'un frappa à sa porte et cria : « Le barrage s'est cassé ! ». Thomas était paralysé par la peur de prévisions devenues vraies. Il avait été évacué de son toît lors de la précédente tornade, Betsy, en 1965, et était conseiller municipal depuis une douzaine d'années. Sa spécialité, c'est l'eau. Il savait tout des études et des rapports et des avertissements alarmants qui s'entassaient sur les bureaux, il savait tout des projets de reconstruction et de restauration qui avaient étés discutés mais jamais payés, et il savait que sa ville bien-aimée était condamnée.


    Quelques secouristes étaient prêts, peu mais de grande valeur. Le lundi matin, Tim Tarchick, colonel faisant partie de la garde de réserve de l'Air Force, demanda la permission de poser ses trois hélicoptères de secours sur la zone du sinistre aussitôt que la tornade s'était abattue. La réponse fut « non », et il fut incapable de couper court à la paperasse administrative jusqu'au mardi après-midi, plus de vingt-quatre heures après le passage de la catastrophe. Quand il atterit enfin dans la zone, c'était « le chaos total. Pas de nourriture, pas d'eau, pas de toilettes, rien du tout. » Pas plus qu'il n'y avait de structure d'organisation, ni de centre de commandement.

     


    Juste le désespoir. Les nouvelles n'auraient pas pu être plus déprimantes : on rapportait des coups de feu sur les hélicoptères d'assistance. Des histoires de pirates s'emparant de canots de sauvetage. Des histoires de policiers, immobiles et regardant les pillards- voire même, se joignant à eux. Les images télévisés de centaines de milliers de personnes, pour la plupart noires et pauvres, prises au piège dans l'ombre du Superdôme ( N.B des coupures de courants sont intervenues à de multiples reprises). Et le plus horrible : des photos de cadavres, flottant dans la saleté ou assis dans des fauteuils roulants dans lesquels ils étaient morts, quelques-uns par manque d'eau. Pour beaucoup, la prière était l'une des seules options possibles. Sur CNN, le maire Ray Nagin demanda au pays de « prier pour nous », un appel repris par les survivants qui avaient besoin de ceci, et de beaucoup plus.

    Personne ne semblait avoir la moindre idée du nombre de morts, mais c'est le désastre le plus important depuis le passage de l'ouragan qui raya de la carte Galveston au Texas, en 1900, causant la mort de 6000 à 12000 personnes. Aucune ville américaine de l'importance de la Nouvelle-Orléans, n'avait été évacuée depuis Richmond et Atlanta durant la Guerre civile. Le coût économique promet d'être énorme, en commençant par le prix de l'essence, qui a dépassé les 3$ pour un litre. Le coût politique pour Bush pourrait être aussi dur. Il a parcouru la région à bord de Air Force One et fait une chose rare, mais necessaire, il a admis que les résulats concernant les secours, n'étaient pas acceptables.


    Jour après jour, les images montraient des familles déséspérées et leurs enfants pleurant, enjambant les corps tandis qu'ils suppliaient :  Où est l'eau ?  Où sont les bus ? Ils semblaient impuissants, à la merci de forces qui les dépassaient. Le manque de moyens rapides laissa les habitants des Etats-Unis et du monde entier se demander comment une ville américaine pouvait ressembler à Port-au-Prince. La crise des réfugiés- un million de personnes sans toît, travail ou école- colle difficilement avec la vision de M. Bush du Colosse américain.


    Qu'est-ce-qui est allé de travers ? Tout. Comment le système a-t-il échoué, est une histoire compliquée, mais les bases deviennent claires : hésitation, rivalités bureaucratiques, manque d'autorité de la mairie à la Maison Blanche, et de la mauvaise chance. Le gouvernement a véritablement échoué et la catastrophe a révélé de profondes divisions raciales.


    La Maison Blanche critique l'ampleur de la catastrophe elle-même, une information disparate et une chaîne de commandement confuse. Bush mène une guerre, et est parfois lent à réagir, et il a peut-être sous-estimé l'ampleur du désatre en lisant des rapports lui indiquant que la Nouvelle-Orléans avait été épargnée de la partie la plus dure de la tornade. Ce sont toutes des excuses légitimes. Pourtant, on éspère davantage d'un président.


    Mère Nature a été très dure. Une tornade telle que Katrina concentre l'énergie de 10 bombes nucléaires, explosant toutes les 20 minutes. Le réchauffement de la planète et le refroidissement des océans explique la fréquence des tempêtes tropicales. La pause qui a eu lieu entre le milieu des années 60 et les années 90 était une exception, pas la règle. Mais l'homme est capable de rendre les tornades pires. Comme la planète se réchauffe, les tornades vont devenir de plus en plus dangereuses. Et durant cette pèriode d'accalmie, les propriétaires et les industries se sont regroupées sur la côte menacée, le long du passage des ouragans, dans le sud et l'est des Etats-Unis.


    L'homme a privé le delta du Mississipi de sa protection naturelle contre les tornades- ironiquement, pour se prémunir des inondations. Les terres qui auraient pu absorber l'eau ont disparu au rythme de la taille de 33 terrains de foot par jour.


    Le gouvernement savait cela et avait tout prévu, en théorie. Un exercice théorique qui avait eu lieu l'année dernière avait assez bien prédit l'impact de Katrina. Mais le département de la sécurité intèrieure, qui est supposé coordonner les secours pour tous les désastres, a été davantage concentré sur la menace terroriste. Les spécialistes passent plus de temps à essayer de trouver une parade aux attaques à la bombe, qui ont plus de chance d'obtenir des fonds d ela part du Congrès.


    [...]


    Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'ouragan aurait pu être pire. Il a atteint la catégorie 5 avec des vents soufflant à plus de 165 miles à l'heure. Sa taille, plus de 30 mètres, est la plus grande jamais observée.


    [...]

    Une étude publiée en 2004 avait prédit qu'en cas d'évacuation de la Nouvelle-Orléans, environ 30 % des habitants, sur un demi-million de personnes, resterait sur place. Il n'est donc pas surprenant que près de 100 000 personnes aient choisis de ne pas bouger, quand le maire a lancé l'ordre d'évacuer. Certains sont restés par choix.


    Environ un cinquième de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, et le même taux ne possède pas de véhicule. Cette population est, pour une érasante majorité, d'origine africaine.

    Ceux qui étaient dans l'incapacité de quitter la Nouvelle-Orléans, devaient se rendre au Superdôme qui servait d'abri contre la tornade. Ce fut bien vite l'enfer. D'abord, l'air conditionné tomba en panne, ensuite, les lumières. Un générateur prit le relais mais avec seulement assez d'énergie pour éclairer faiblement le dôme. L'Armée du Salut distribua des milliers de repas prêts à être consommés (du jambalaya, une spécialité de la région; ou des spaghettis ou du poulet thaïalandais), mais l'eau potable était rare et dans la chaleur étouffante, l'odeur des corps non lavés se faisait sentir.


    Dans les toilettes sombres, les murs et le sol étaient couverts d'excréments. Un marché noir se mit en place. Les plus grosses ventes concernaient les paquets de cigarettes (10€ l'unité) et des antidiurétiques, pour permettre aux gens de se rendre aux toilettes le moins souvent possible. Des tirs retentissaient à l'occasion. Dans les toilettes sombres, quelqu'un attaqua un garde national à l'aide d'un tuyau et essaya de voler son pistolet automatique. Au moins deux viols ont étés rapportés, dont l'un d'un enfant.


    [...]

    Le grand Wal-Mart dans Garden District, n'a pas été inondé, et a connu des affaires florissantes à cause des pillards. Quelques uns en sortaient avec des chariots pleins de nourriture, d'eau et de médicaments. D'autres avec des télés et des DVD. « Tout est gratuit ? » a demandé une femme. Comme on lui a répondu oui, elle a commencé à scander « TV ! TV ! TV ! ».


    Mercredi soir, le maire de la ville a chargé les forces de police de cesser de porter secours aux victimes et de tenter d'arrêter les pillards à la place.

    Jeudi, la Nouvelle-Orléans était au bord de l'anarchie. Les prisonniers se sont échappés et leurs casiers judiciaires sont sous l'eau. Retrouver qui a fait quoi pourrait être un cauchemar.


    Un gars de l'armée s'est même exclamé « Nous venons tout juste de rentrer de l'Afghanistan. L'organisation est bien mieux là-bas."




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